Quand la vengeance se drape des ombres de l’État
Avec Opération Guayota, Alexandre HOS — officiant sous le pseudonyme de Saint Val — confirme son habileté à disséquer les mécanismes les plus obscurs de la géopolitique contemporaine à travers un genre qu’il a lui-même baptisé : l’« espiolar », savant mélange de roman d’espionnage et de polar.
L’intrigue, d’une ambition rare, s’articule autour de la métamorphose de Nathan Keller, ancien grand reporter de guerre brisé par l’attentat de l’aéroport de Zaventem en 2015, où il perd sa famille.
Ce qui commence comme une tragédie humaine se mue en une épopée de vengeance glaciale lorsque Keller, avec le concours d’un officier des forces spéciales russes Youri Glebov, infiltre les rangs de Daech sous l’identité d’Abu Saladin. Le lecteur suit alors une plongée hyperréaliste dans les centres de guerre électronique au Maghreb et les réseaux de narcotrafic aux Canaries, où les intérêts du Kremlin et ceux des agences de renseignement occidentales s’entrechoquent dans une « diplomatie souterraine » impitoyable.
La force de ce roman à clef réside dans son ancrage profond dans la réalité documentaire. L’auteur dépeint avec une précision chirurgicale les procédures d’infiltration, les équipements de pointe — du drone Dozor-600 au « black kit » des SAS — et la psychologie complexe des agents sous légende.
L’ombre de l’ASPIC, cette agence ultra-secrète ne répondant qu’au Président, et celle du MECH, nébuleuse paramilitaire héritière des réseaux Stay-Behind de l’OTAN, confèrent au récit une dimension métaphysique sur la nature du pouvoir et de la raison d’État.
Si le rythme est soutenu par une action omniprésente, l’œuvre ne néglige pas la noirceur des âmes, illustrée par le personnage de Nina, une adolescente radicalisée, pionnière d’un jeu de dupes qui la dépasse.
HOS excelle à montrer comment le passé, des tueries du Brabant wallon aux années de plomb, explique inlassablement les tragédies de notre présent.
En conclusion, Opération Guayota est un exercice littéraire périlleux mais brillamment maîtrisé. Saint Val s’y impose comme le digne successeur des maîtres du genre, offrant une théorie romanesque saisissante sur les mystères criminels et politiques qui hantent l’Europe. Un cocktail détonant, aussi addictif qu’instructif, qui confirme que la vérité est souvent bien plus éloignée de nous que la fiction.
